Le triangle de Karpman se trouve bien loin d’une équation de terminale spécialité mathématique. Ce triangle de Karpman est un concept permettant de mettre en lumière les dynamiques relationnelles déséquilibrées. Victime, bourreau et sauveur : quand la perversion narcissique est décortiquée et mise à plat par l’arithmétique de la psychologie.

Qu’est-ce que le triangle de Karpman ?

Triangle de Karpman, définition

Le Triangle de Karpman, aussi appelé triangle dramatique, est une manière de se représenter les interactions en jeu entre individus.

En réalité, le triangle de Karpman est un outil puissant de représentation de certains jeux psychologiques en interaction. Ce triangle dit dramatique permet de décrire et de mettre à nu certaines équations et difficultés relationnelles. C’est aussi un moyen de comprendre, de s’affirmer et de sortir de schémas relationnels toxiques et pathologiques.

Triangle de Karpman, un outil de mesure des dynamiques relationnelles

“Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même.” Jiddu Krishnamurti. Si les relations sont complexes, c’est car elles naissent, se développent, changent et évoluent. Le temps, l’expérience, la personnalité : la communication se peaufine, les limites sont plus claires, les articulations inter-relationnelles aussi.

De ces enjeux sociaux, naissent des jeux psychologiques, souvent inconscients. Des modalités d’interactions, une sorte de mouvement dynamique entre individus. En effet, dans beaucoup d’interactions, les individus jouent des rôles. Ces rôles sont notables par le ton de la voix, les mots, la posture ou encore les expressions du visage.

Ces rôles décrits par le triangle de Karpman, qui sont le rôle de victime, de bourreau et de sauveur, ne sont pas fixes. Il est de plus commun malgré la prédominance récurrente d’un rôle, de passer d’un rôle à l’autre..parfois au sein même d’une conversation. Ce changement de position se dessine selon l’historique de l’individu, au même titre que ses besoins et désirs. Ces interactions provoquent à leur tour chez l’autre, des réactions, des attitudes, souvent complémentaires.

Ainsi, le triangle de Karpman est un excellent outil de mesure des dynamiques relationnelles. Les trois rôles définis par Karpman, victime, persécuteur et sauveur, ne sont pas le fruit du hasard. Les protagonistes trouvent des intérêts personnels dans chaque position et rôle qu’ils incarnent, et transfèrent leur besoin dans la réalité, sur autrui. C’est un acte toxique, révélateur d’un déséquilibre, poussant autrui à incarner un rôle complémentaire.

En effet, l’Homme a tendance à se représenter la réalité selon ses propres croyances. Car comme le dit Henry Ford, « Que vous croyiez être capable de faire quelque chose ou que vous croyez en être incapable, vous avez raison. »

Un jeu, des enjeux

Le triangle de Karpman est donc la mise en lumière de trois rôles que tout individu est susceptible d’incarner dans une relation problématique, parfois toxique, comme c’est le cas pour la perversion narcissique. Voici ces trois rôles.

Le rôle de la victime

Dans le rôle de la victime, il est primordial de saisir qu’il ne s’agit pas du statut de victime (victime d’un accident, victime d’un pervers narcissique) mais bien d’un rôle incarné.

En effet, l’individu incarnant le rôle de la victime, cherche à attirer l’attention d’autrui, la compassion, la protection. Ses objectifs sont clairs : retirer des bénéfices, de l’attention d’autrui à la confortation. Elle accepte cependant par compensation sur l’autre versant, la domination d’autrui.

L’individu incarne le statut de victime craintive, afin de toujours mieux se plaindre et rendre autrui responsable de son sentiment ou de sa situation. En réalité, ce rôle n’est que la conséquence d‘un manque affectif ou d’un manque de volonté de reconnaître ses responsabilités. La victime se sent plus ou moins à l’aise dans son rôle, et justifie ainsi ses problèmes.

Exemple : “Je savais que tu ne m’aiderai pas, je suis toujours seule à faire face”  ou encore “Tu ne viens jamais me voir, personne ne fait attention à moi”.

Le rôle du sauveur

Ici, dans le rôle du sauveur, il est primordial de saisir qu’il ne s’agit pas du statut de sauveteur (pompiers, aide soignant..) mais bien d’un rôle de sauveur joué.

L’intérêt du sauveur est ici de tenir un rôle gratifiant, d’un blason doré, celui d’avoir l’ascendant sur autrui, tout autant que d’avoir une belle image. Il place pour ce faire autrui dans le rôle de la victime, qu’il désigne comme incapable de s’en sortir seule. Il trouve ainsi une victime à qui apporter son aide.

Ainsi, il s’occupe des besoins des autres pour oublier ses propres besoins insatisfaits. Il a en réalité une mauvaise estime, qu’il tente de gommer en se procurant la reconnaissance d’autrui à travers son aide. Il estime parfois même qu’il est en capacité de montrer aux autres ce qui est le mieux pour eux.

Exemple : “Laisse moi faire, tu vas tout rater” ou encore plus subtilement “Je m’en occupe”.

Le rôle du persécuteur

Le persécuteur, ou bourreau comme c’est le cas pour le pervers narcissique, ne pardonne pas. Il décide, établit des règles et est humiliant, dévalorisant. Il critique et culpabilise, et place ainsi son interlocuteur en position d’infériorité. Les failles et les vulnérabilités de l’autre sont mises en avant, repérées et démontées afin d’user de ses faiblesses pour mieux le manipuler.

Ainsi, il tire son intérêt en libérant ses pulsions agressives sur sa victime et en obtenant quelque chose en retour. Ses manières sont violentes et souvent démesurées dans une optique égoïste. Le persécuteur ne s’occupe que de ses propres besoins, désirs et intérêts : ceux des autres n’existent pas.

Exemple : “Tu es nulle!” ou encore “Je te dis tout le temps que tu ne devrais pas faire ça comme ça!”

Comment éviter d’entrer dans le triangle de Karpman ?

Une relation saine

La réponse est et sera toujours d’entretenir un lien et une relation saine avec soi et les autres. Facile à dire ..

Karpman a relevé 5 clauses afin d’établir une relation saine avec autrui. C’est un outil permettant de poser les bases d’une dynamique relationnelle saine. Les clauses sont les suivantes : la transparence (dire les choses, sans attaquer), la souplesse (ne pas être rigide afin de laisser de la place pour construire), le non-effondrement (signaler et communiquer si quelque chose ne va pas), la protection (protéger ses valeurs, ne pas se fondre dans l’autre) et enfin la satisfaction (prendre du plaisir).

Identifier les déclencheurs toxiques et les désamorcer

Certaines phrases ou attitudes sont de véritables déclencheurs de ces jeux, de cette dynamique relationnelle décrite dans le triangle de Karpman. Rarement constructives, leur unique but, souvent inconscient, est de se placer dans un rôle et de placer l’autre dans un rôle complémentaire.

Les phrases à déclencheurs toxiques peuvent être les suivantes : “Arrête de t’énerver, calme toi !” qui énerve généralement plus l’autre.. “Je fais toujours tout à la maison, tu ne fais jamais rien” qui est souvent une exagération afin de pousser l’autre à réagir.

Quant aux attitudes, elles peuvent être des regards, des bruitages ou des attitudes, comme : “Pffff”, ou un regard qui roule vers le ciel.

Il s’agit ensuite de désamorcer ces déclencheurs qui poussent à rentrer dans le jeu. Les ignorer, répondre avec indifférence ou encore avec ironie.

Se connaître

C’est un des points majeurs afin d’éviter de rentrer dans le triangle de Karpman : se connaître ! Connaître ses points faibles, ses points forts, ses valeurs, ses désirs. Autant de facteurs qui vous constituent et qui reflètent votre caractère unique et votre personnalité.

Être également conscient de soi, de son passé, de ses erreurs et de ses blessures, de ses victoires et de son parcours. La thérapie est en elle-même une des façons les plus efficaces de faire le point.

Être conscient de soi, c’est être plus résistant et détaché face aux déclencheurs et individus toxiques, comme le pervers narcissique. Si toutefois quelqu’un tentait d’outrepasser votre forteresse, répondez fermement et avec détachement : vous repoussez ainsi le déclencheur d’une dynamique relationnelle toxique et abusive.

“La conscience des mots amène à la conscience de soi : à se connaître, à se reconnaître.” Octavio Paz

Le triangle de Karpman dans le cas de perversion narcissique

Il est évident, et vous l’aurez compris, le triangle de Karpman s’adapte totalement au cas de la perversion narcissique.

En effet, la victime du pervers narcissique évolue succinctement dans les différents rôles relationnels, définis ci-dessus : victime, persécuteur et sauveur. C’est le pervers manipulateur qui l’y pousse, la majorité du temps. Il mène la valse funèbre du bout des doigts.

Voici l’évolution générale des rôles incarnés par la victime du pervers narcissique et son bourreau, au fil de la relation.

Rôle de la Victime et du Sauveur

La victime est souvent nourrie d’envies et de désirs particuliers, parfois inconscients. Fonder une famille, enfin trouver l’homme parfait.. Le pervers narcissique incarne alors le rôle du parfait sauveur, celui qui peut tout lui apporter.

Elle exprime alors ses besoins et désirs, sur lesquels le pervers narcissique s’empresse de sauter. Il pousse alors sa victime à incarner le rôle complémentaire de la victime, décrit dans le Triangle de Karpman, en lui apportant son aide. La victime du pervers manipulateur est alors prise au piège dans un sentiment de reconnaissance qui la lie et dont elle ne peut se défaire.

Rôle du Sauveur et de la Victime

La victime du pervers narcissique est ensuite investie par le désir d’aider et de sauver le manipulateur qui feint souffrance, blessures dans l’enfance et manque. Ses histoires sont souvent fantasques.

La victime pensera alors agir généreusement en tentant d’apporter son soutien au pervers narcissique, sans savoir en réalité qu’elle crée jour après jour un lien toxique à un individu dépourvu d’intériorité et dont l’unique but est de la détruire.

Rôle du Persécuteur et de la Victime

Pour manipuler toujours plus sa proie ou lorsqu’il se sent menacé, le pervers narcissique se place en position de victime. C’est lui qui souffre, lui qui subit.

Sa haute toxicité et les dynamiques relationnelles exposées par Karpman le pousse inévitablement à placer la vraie victime dans le rôle du persécuteur. C’est à cause d’elle s’il est malheureux, à cause d’elle si le couple se sépare, à cause d’elle que la cuisine est mal rangée.

Ainsi, la victime du pervers narcissique et le pervers manipulateur lui-même passent tour à tour par tous les stades décrits par Karpman dans le triangle dramatique. Le pervers narcissique n’envisage la vie que comme une pièce de théâtre diabolique dont il est le réalisateur et le metteur en scène. Il attribue et redistribue constamment les rôles. Un tour de passe dont on aurait préféré s’abstenir..

Comment sortir du triangle de Karpman ?

L’identifier et prendre conscience

Toute sortie d’une situation toxique comme celle avec un pervers narcissique, commence toujours par la prise de conscience. Identifiez les dynamiques relationnelles problématiques et toxiques, prenez conscience des rôles que vous et votre entourage jouez. Observez vos émotions, vos ressentis. Enfin, identifiez rétrospectivement ces scénarios, qui ne reviennent qu’en boucle dans ce jeu psychologique pervers faussant la réalité.

“Celui qui regarde dehors rêve. Celui qui regarde à l’intérieur s’éveille.” – Carl Gustav Jung

Se poser les bonnes questions

Il est ensuite important de vous poser certaines questions pertinentes afin de prendre conscience de la situation. Quel rôle avez-vous tendance à jouer ? Avez-vous tendance à vous apitoyez et à rejeter la faute sur les autres ? Avez-vous tendance à vouloir sauver les autres ? Rappelez vous alors, que vous êtes le personnage principal de votre vie. En étant conscient et responsable de vous-même, personne ne tentera de vous outrepasser.

Baywatch

Le triangle de Karpman, malgré sa forme triangulaire, échange ses rôles comme dans un cercle infini. Lorsque le cercle victime-bourreau-sauveur touche à sa fin..il laisse place à un nouveau jeu.

Soyez alors alerte face aux coups de théâtre. Si vous sentez que les rôles s’inversent : réagissez. La feuille est blanche, saisissez-vous de cette opportunité pour prendre du recul et vous retirer du jeu dont le pervers narcissique n’attend que votre entrée complémentaire à son jeu de rôle macabre et toxique.

Soyez explicite

Exit les sous-entendus, les généralisations.. soyez clair et explicite. Restez extérieur au jeu et à la triangulation toxique et n’hésitez pas à clarifier certains points.

N’attendez rien des autres

Il est essentiel de vous recentrer sur vous uniquement. Sur vos besoins, vos désirs, vos attentes. N’attendez pas que les autres vous apportent ce dont vous avez besoin, seul vous pouvez vous l’apporter.

Vous serez de plus immunisé face au virus toxique de l’opinion aiguisé d’autrui, qui rend malade et fait souffrir…inutilement.

La thérapie

Enfin, la thérapie est un des moyens les plus efficaces afin de sortir du Triangle de Karpman, de se libérer de l’emprise toxique du pervers narcissique et de se reconstruire. Chantage, manipulations, mensonges.. La thérapie auprès d’un thérapeute spécialisé en perversion narcissique vous permettra de mettre de la distance avec la relation et les dynamiques relationnelles toxiques.

La thérapie est un moyen permettant d’identifier ses failles et ses forces, à l’origine des déséquilibres relationnels. Un thérapeute spécialisé en perversion narcissique saura vous aiguiller vers la libération de l’emprise et du triangle relationnel toxique de la perversion narcissique.

À propos de l'auteur

Solenn Quénet

Experte en trouble de la personnalité narcissique, diplômée d'une formation Universitaire de Psychologie, Psychopathologie et Psychanalyse.