Véritable personnalité à part entière, le pervers narcissique fait controverse. Partout on entend parler de cette personne à la perversité établie et ancrée, qui sévit dans tous les domaines : professionnel, familial ou encore amical. Mais qui est donc cet individu qui se cache derrière ce masque de perversion ? Et qui sont ses victimes ?

Qu’est-ce qu’un pervers narcissique ?

C’est Paul-Claude Racamier, psychiatre et psychanalyste français, qui décrit la perversion narcissique en 1986. Psychopathologie peu connue jusque-là, elle intrigue et fascine par sa complexité et sa perversité exacerbée.

Un pervers narcissique est une personne atteinte d’un trouble de la personnalité narcissique. Majoritairement des hommes, il arrive cependant que des femmes soient touchées par cette pathologie dévastatrice et perverse. Le pervers narcissique peut-être un membre de la famille, un collègue de travail ou toute personne avec qui l’on entretient un lien émotionnel et proche.

La perversion dont ils sont atteints est une forme de structure psychique qui les définit entièrement. Une fondation de leur être et de leur esprit, de leur façon de se comporter, de penser, d’interagir avec le monde. C’est pour les plus connaisseurs, une psychose, une maladie psychiatrique grave.

Le pervers narcissique est, par définition, une personne à la fois narcissique et perverse. Narcissique par son égocentrisme. Il est obsédé par l’image qu’il renvoie. Il est également en quête excessive et constante de reconnaissance et d’attention.

Pervers, par son comportement manipulateur et destructeur, d’emprise perverse pathologique et mortifère sur ses victimes.

Le pervers est ainsi sujet à un trouble pervers grave, dans lequel il jouit de la souffrance de l’autre. Leur victime, qu’ils instrumentalisent par ailleurs, n’est considérée que comme un objet et non pas un sujet. C’est un des grands symptômes de leur toxicité : les autres ne sont que des jouets dont ils usent à leur guise. Les pervers narcissiques sont de réels persécuteurs, dangereux, qui sévissent en tous lieux et dont les retombées sont parfois mortifères et dévastatrices.

Les pervers narcissiques sont donc dangereux par leur toxicité abusive. Ils le sont d’autant plus qu’ils sont extrêmement complexes à identifier tant la manipulation et le mensonge sont leurs armes favorites d’exécution.

Quand et comment le profil de la perversion narcissique se développe-t-il ?

La perversion narcissique est donc un trouble de la personnalité narcissique.

C’est une pathologie qui se dessine très tôt dans l’enfance.  “On ne naît pas pervers narcissique, on le devient” nous explique Freud. Il faut remonter les racines du mal afin de saisir comment cette psychose se structure.

En effet, ce trouble de la personnalité qu’est la perversion narcissique, se structure dans les premières années de la vie d’un individu. Vers le milieu de l’enfance, au moment de la structuration psychique de l’esprit. Un faisceau de raisons permettent d’expliquer la genèse de la fracture qui se crée.

Bien souvent, un parent trop envahissant a pris toute la place de l’enfant ne lui laissant pas d’espace propre où s’exprimer. L’enfant n’a pas reçu la place émotionnelle et psychique nécessaire et vitale à un développement sain. Ses désirs, ses besoins, n’ont pas trouvé oreille attentive, ou on a contrario été étouffés, tués dans l’œuf.

Une véritable prison émotionnelle dans laquelle les besoins primaires de l’enfant ont été étouffés. Afin de se protéger de ces traitements néfastes, une fracture s’est alors dessinée dans l’esprit.

La fracture qui en résulte est un clivage majeur, une psychose basée sur le déni : la perversion. Ce clivage est une réelle dissociation de l’esprit qui ne ressent plus pour se protéger : ni émotion, ni sensation, ni aucun besoin ou désir fondamental.

Sigmund Freud, L’interprétation des rêves (1900) – « Si nous jetons un cristal par terre, il se brise, mais pas n’importe comment, il se casse suivant ses directions de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure du cristal. Des structures fêlées et fissurées de ce genre, c’est aussi ce que sont les malades mentaux. »

Les symptômes

La particularité du pervers narcissique est de ne pas être conscient de son trouble. En effet, comme nous l’avons évoqué précédemment, il vit dans une négation, un déni pathologique de sa réalité. Ainsi, il ne se dévoile jamais, n’étant fondamentalement pas conscient de son trouble. En d’autres termes, ce n’est pas un malade à qui l’on peut demander comment il se sent, et quels sont ses symptômes (comme on pourrait demander à une personne atteinte d’un rhume de nous décrire ce qu’elle ressent).

C’est de plus, un trouble qui s’exprime uniquement dans la relation à l’autre.

La toute puissance narcissique

Le pervers narcissique a cette particularité qu’est la toute puissance narcissique. Symptomatique de sa structure narcissique, il est persuadé que tout le monde l’envie et l’admire, que les autres sont chanceux de le connaître.

Il est extrêmement compétitif, arrogant et vaniteux. Il n’accorde d’ailleurs aucune importance à autrui, sauf ses admirateurs.

Le pervers narcissique est en effet en quête de reconnaissance constante. Il est le meilleur, et ne supporte pas la réussite des autres dont il est jaloux. Il va sans dire qu’il ne tolère aucune critique ni aucun conseil : il est le plus grand, le plus fort, le plus intelligent.

Par ailleurs, et dans cette même ligne pathologique, il n’a aucune empathie envers quiconque.

La manipulation

Afin de prendre prise sur les émotions de sa victime, le pervers narcissique utilise diverses formes de manipulation. Il utilise notamment, le mensonge, la projection mentale, le gaslighting, le chantage, les menaces, le contrôle permanent, la triangulation, dévie sans cesse les conversations par des arguments illusoires..la liste est non exhaustive.

Le but de cette manœuvre est de pouvoir paraître et manipuler les autres dans une toute puissance narcissique, pour asservir ses buts. Une symptomatologie caractéristique de la perversion.

Les multiples visages

Ces caractéristiques le rendent d’autant plus difficile à cerner qu’il n’a pas qu’un visage, mais plusieurs, qu’il modifie au gré des situations : c’est un pervers polymorphe.

Le manipulateur change de visage en fonction de ses interlocuteurs et des situations. Il ne dévoile jamais son vrai visage, qui est toujours différent selon ses interlocuteurs, et change d’opinion en une fraction de seconde.

Il peut tantôt se révéler séduisant, intéressant et flatteur, tantôt timide, réservé et silencieux. Le pervers narcissique est comme un caméléon qui s’adapte aux comportements d’autrui. Sa communication est d’autant plus floue qu’il s’adapte là aussi à son interlocuteur, afin de semer le doute et la confusion. Son instabilité émotionnelle et sociale le pousse à changer fréquemment d’opinion.

Le but de ces manœuvres est cependant toujours le même : manipuler autrui, et plus particulièrement ses victimes, afin de parvenir à ses fins.

Il existe bien évidemment une multitude de variantes de la perversion narcissique. Cette pathologie varie selon les époques, les pays, les cultures, mais aussi l’entourage, les victimes et les situations.

Comment reconnaître un pervers narcissique ?

Malgré la complexité de la perversion narcissique, il existe certaines caractéristiques permettant de reconnaître un pervers narcissique. Il y a entre autres :

  • La séduction. Le pervers narcissique est un séducteur professionnel. Il sait jouer de ses atouts pour charmer sa victime. C’est souvent l’incarnation de l’Homme parfait : il est beau, intelligent, attentionné..un véritable prince charmant.
  • Double visage. Le pervers narcissique porte de nombreux masques qu’il interchange. Il est bien souvent en public la personne idéale alors qu’il est en privé un véritable tyran.
  • Instrumentalisation. Le pervers narcissique ne perçoit les autres que dans un rapport de relation d’objet. Ses victimes ne sont que des faire-valoirs dont il peut user à sa guise afin de parvenir à ses fins et d’instrumentaliser sa jouissance.
  • Absence d’empathie. C’est une des caractéristiques principales du pervers narcissique : il est dénué d’empathie. Conséquence directe de son clivage psychique qu’est le déni, il est déshumanisé et ne ressent rien. C’est d’ailleurs l’absence de remords qui le pousse toujours plus loin dans la destruction de ses victimes. Situation de laquelle il retire d’ailleurs sa jouissance.
  • Egocentrisme. Le pervers narcissique a un besoin excessif d’être admiré, adulé, reconnu. Il est le centre du monde, et excelle d’ailleurs souvent en société grâce à sa séduction grandiose.
  • Instabilité émotionnelle. Le pervers polymorphe est dichotomiquement extrêmement sensible. Paranoïaque, il est soumis par la régence de ses pulsions et de sa distorsion de la réalité. Incapable de gérer ses frustrations, il est soumis à des sautes d’humeur incontrolables.
  • Violence. Le pervers narcissique est violent. Sa violence est majoritairement psychologique (manipulation, critique, insulte) mais se complète parfois par une violence physique.

On peut également reconnaître le pervers narcissique par sa manipulation, ses mensonges, ses déviances sexuelles, et la dévalorisation envers ses victimes. (liste non exhaustive)

Comment reconnaître une personne victime de perversion narcissique ?

La victime d’un pervers narcissique subit toutes sortes de violences. Psychiques, émotionnelles, physiques ou encore matérielles. Elle est atteinte par la manipulation et l’emprise, par des abus de différentes formes.

En conséquence de ces attaques, la vie entière de la victime est retournée. Elle n’a plus confiance en elle, se renferme, ne se reconnaît plus. Elle a perdu sa dignité. La victime du pervers narcissique est anxieuse et parfois dépressive, en raison des traumatismes qu’elle subit. Elle n’est de plus pas sereine et est intimidée en présence de son bourreau.

L’isolement est également un signal d’alerte. En effet, le pervers narcissique isole petit à petit sa victime, afin qu’elle soit le plus démunie possible. La victime ne se sent bien souvent plus libre, de ses mouvements, de ses pensées et de ses actes. Elle est ferrée, sous le joug de son bourreau.

La victime est vidée de son énergie. Ne sait plus où elle va, ce qu’elle veut. Elle vit dans la terreur et la culpabilité, dans la honte et la rancœur. Elle a l’impression d’avoir perdu ses repères, son estime, d’être (re)devenue un enfant sans défense. En réalité, elle vit dans une énorme souffrance psychique et physique.

La perversion détruit et tue. Les actes du pervers narcissique conduisent sa victime à la confusion, jusqu’à épuisement.

Par ailleurs, elles sont dans une émotion contradictoire : elles savent qu’elles se perdent, qu’elles souffrent, et que cette relation est néfaste. Pourtant, elles ne peuvent partir. Elles sont émotionnellement (et parfois physiquement, financièrement) dépendantes de celui qui les maltraite : c’est la perversion la plus totale.

Les causes de la perversion narcissique

Rappelons tout d’abord que le narcissisme est en psychologie l’amour que l’on se porte. C’est un amour nécessaire et positif, vital, qui se construit à un moment clé de l’évolution dans la petite enfance. S’aimer assez pour se respecter, se nourrir etc.

Les causes de la perversion narcissique trouvent leur genèse dans l’enfance, comme évoqué plus haut. Voici quelques facteurs à l’origine de cette structuration psychique défaillante et pathologique qu’est la perversion narcissique.

  • Un système de défense. Contre des abus (émotionnels, physiques), une maltraitance émotionnelle sévère et des traumatismes.
  • Un entourage dysfonctionnel. Liant abus de la part de l’entourage. Ils ont pu “avaler” l’enfant et ne lui laisser aucune place. Ou encore lui donner trop d’attention. Cela fausse son rapport à l’amour et aux autres lors de la création de son narcissisme.
  • Une instrumentalisation. L’enfant est utilisé et manipulé par un ou des proches, qui instrumentalisent l’enfant afin de réguler leur propre estime, ou encore se défouler.
  • De la négligence. Manque d’affection, de reconnaissance. Pas de compliments ou de flatteries (“tu te débrouilles bien”), aucun soutien émotionnel ou physique d’encouragement sain.

Ces dysfonctionnements sont singuliers ou multiples. En effet, la perversion n’est pas le résultat d’une corrélation directe et unique, mais d’une causalité, d’un défaut de construction du narcissisme dans l’enfance, dont on retrouve une genèse commune dans la majorité des cas.

Un grand nombre de facteurs induisent cette faille de la construction du narcissisme et à posteriori, agrandissent le risque de développer un trouble ancré, structuré et irrémédiable qu’est la perversion narcissique. Ce n’est en aucun cas un trouble “contagieux” ou qui s’attrape sur le tart. C’est la conséquence de maltraitances multiples qui aboutissent à une défaillance dans la relation à l’amour de soi, à autrui, un trouble du lien.

Les profils à risque

Certaines caractéristiques permettent de reconnaître les « profils » à risque de tomber sous l’emprise d’un pervers narcissique.

Les victimes de pervers narcissique ont en ces points communs des points forts : la générosité, la chaleur, le partage. Elles pétillent, sont pleines de vie, lumineuses voire maternantes. Leur fraîcheur de vivre est extraordinaire. Leur empathie exacerbée est également une caractéristique de leur personnalité qui séduit le pervers narcissique.En effet, leur loyauté sans faille est également un point fort de leur être, qui les condamne dans le cas de la perversion narcissique, à rester près de leur bourreau.

Les victimes de ces manipulateurs pathologiques ont également des points faibles, dans lesquels les pervers s’engouffrent tête baissée. Elles ont une profonde envie d’aimer et d’être aimé, et investissent les relations de manière excessive. Le syndrome du sauveur est également une caractéristique qui leur est défavorable dans ce cas précis : elles tentent à corps perdu de sauver un individu qui ne peut être soigné et y laissent toute leur énergie. Enfin, elles sont en proie à des doutes, des manques, à un besoin de validation. Des failles et un manque d’estime momentané ou plus profond, dans lequel le pervers narcissique n’hésite pas à se précipiter.

Le diagnostic

Le diagnostic de ce trouble qu’est la perversion narcissique est bien souvent difficile, voire impossible à poser. En effet :

  • Le pervers narcissique ne ressent pas le besoin de consulter. Dénué d’intériorité, il ne ressent aucune émotion. Il est de plus dans le déni de lui-même et de la réalité, et ne se remet jamais en cause.
  • Le pervers narcissique se sent supérieur aux autres. Il est au-dessus de tout le monde, monsieur parfait. Aucun besoin donc, de consulter quelqu’un qui en sait moins que lui.
  • Le pervers narcissique a de multiples visages. Il est impossible de les voir tous : c’est un caméléon qui s’adapte à son auditoire et aux situations. Il est de plus excellent orateur et sait faire entendre les bonnes paroles aux bons moments (lors d’un procès ou d’un divorce par exemple). Le pervers sait tirer profit de toute situation : la manipulation est son point fort.

Des tests et questionnaires permettent cependant de le mettre à jour. Un diagnostic, lorsqu’il est posé, se base sur des critères cliniques appuyés par une classification des troubles mentaux (DSM). Ils se basent sur ces axes principaux :  mégalomanie, fantasmes liés à l’influence, au pouvoir, à la beauté, conviction d’être spécial voire hors-norme, besoin irrépressible d’être admiré, absence d’empathie…

Certains axes peuvent également aider à le démasquer et le diagnostiquer.

Les mots par exemple. Il utilise souvent des superlatifs, et des exagérations dans un sens comme dans l’autre. Les émotions de l’entourage. S’ils sont séduits, impressionnés, dépendants ou encore gênés, mal à l’aise en sa présence. Leur comportement. Le comportement du pervers narcissique est souvent anormal, loin de celui des autres et dénué de toute empathie (voire de jouissance à faire souffrir l’autre).

Pervers narcissique : les traitements possibles

Comme évoqué dans la partie précédente, il est difficile de poser un diagnostic de perversion narcissique. Les pervers polymorphes ne viennent de plus jamais de leur plein gré demander de l’aide : ils n’en ressentent tout simplement pas le besoin.

Rappelons également qu’ils sont dénués d’intériorité, et qu’ils ne ressentent donc rien. Ils sont de plus dans le déni de leur situation, et dans une impossibilité de remise en question. Or, on ne peut soigner que celui qui souhaite être soigné, d’une façon ou d’une autre.

Il n’y a ainsi pas de médication pour traiter ce trouble de la personnalité structurellement défini : c’est un trouble structurel, ad vitam aeternam.

A lire aussi : Comment soigner un pervers narcissique ?

Comment sortir de l’emprise d’un pervers narcissique ?

“Il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer en sortir indemne” écrivait Paul-Claude Racamier.

En effet, le pervers narcissique est inguérissable et ne changera jamais. Il est ainsi structurellement défini, et c’est aussi irrémédiable que la mort.

Pour la victime en revanche, tout est possible. Il est essentiel pour elle de sortir des griffes du pervers narcissique afin de pouvoir se reconstruire et se retrouver. C’est un travail thérapeutique primordial pour elles, qui sont dans le doute et la confusion. Souvent à bout, les victimes isolées et sans aucune confiance, nécessitent bien souvent de l’apport d’une aide psychologique adéquate.

Cesser tout contact

Il est primordial de cesser tout contact (ou de les réduire autant que possible). En effet, le pervers narcissique, manipulateur professionnel, risquerait de tromper sa victime et de la faire replonger dans ses filets. Il faut donc ignorer les appels, les mails, les interpellations.

Dans le cadre d’une situation de lien juridique tel que le mariage, il est préférable de faire passer toute communication par des avocats. C’est essentiel afin de se protéger et d’éviter toute atteinte à l’emprise.

Dans le cadre d’une situation professionnelle, il est toujours possible de démissionner et de faire appel à des professionnels (à un médecin pour un arrêt de travail, à un psychologue pour attester de la problématique etc).

Il est également préférable de couper les ponts avec l’entourage, s’ils ne comprennent pas la situation ou qui ne sont pas une source de soutien.

Se documenter

Se documenter, lire et consulter des articles, des forums voire des témoignages et documentaires est souvent bénéfique. Cela permet en effet de prendre conscience de la situation et des émotions. C’est aussi un moyen de savoir que d’autres personnes vivent la même situation, et de reconnaître son statut de victime. Cela permet d’apprendre, de comprendre, que le pervers narcissique est malade et pathologique. Et parfois de trouver la force dans les histoires des autres de sauter le pas de la reconstruction afin de sortir de l’emprise.

Prendre conscience de sa souffrance

Admettre que l’on est victime d’un pervers narcissique n’est pas si simple. Nommer la souffrance est une étape souvent difficile à saisir, tant les victimes ne s’aperçoivent pas toujours de leur situation. Se documenter, ou prendre appui sur un thérapeute (psychologue, coach, psychanalyste..) est un véritable tremplin d’accès à la reconnaissance de sa souffrance et de son statut de victime. Reconnaître cette souffrance, c’est aussi reconnaître l’emprise et le lien de dépendance pathologique installé par le pervers narcissique.

Prendre du recul

La réalité est souvent très douloureuse et difficile à admettre. Les victimes sont piégées dans une emprise et un orage émotionnel tel, que leur vision de la réalité est altérée. Elles sont de plus, pour beaucoup, dans l’envie irrépressible de venir en aide à leur bourreau, qu’elles pensent pouvoir guérir.

Il est important de saisir que le pervers narcissique n’a pas d’intériorité. C’est simplement un excellent comédien qui incarne, chaque seconde, un personnage dans un jeu de rôle qu’il a fondé. Il est une pièce de théâtre à lui tout seul, et il a fait de sa victime sa marionnette. Cela permet de se rendre compte du caractère immuable de la situation. C’est aussi un moyen de se rendre compte de la supercherie et du caractère grave et mortifère de la situation dans laquelle la victime est placée. Reconnaître également, que la victime a été trompée et manipulée au bon vouloir du pervers, et que le prince charmant des premiers instants ne reviendra jamais.

Sortir de l’isolement

Le pervers narcissique isole sa victime du monde extérieur. De ses proches, de sa famille, de ses amis. Sans soutien, il peut ainsi avoir une meilleure emprise sur elle.

Sortir de cet isolement est une première étape de reconstruction. Cela permet de recréer un lien social, indispensable à l’Homme. Savoir que l’on peut compter sur quelqu’un, pouvoir se confier, mais aussi retrouver une bonne estime de soi. Parler de ce que l’on a vécu et vider son sac, mais aussi voyager ou encore s’offrir une paire de chaussures. C’est une étape fondamentale qui permet aux victimes de revenir vers un cercle social sain, et de réapprendre à réfléchir par elles-mêmes et à se retrouver.

Contre-manipuler

Dans le cas où la fuite serait impossible, il est important de pouvoir contrer les attaques du pervers narcissique. Il ne s’agit surtout pas de manipuler à son tour, mais de se protéger.

Ne pas rentrer dans son jeu est essentiel, lui qui base tout son pouvoir et son emprise sur un jeu théâtral et de rôles, et sur la réponse de sa victime. Il s’agit de faire bouclier à ses attaques et de l’empêcher de s’engouffrer dans vos émotions. Faire court et simple, sans agressivité et avec le plus de détachement possible, en utilisant des phrases déjà pensées, tel que : “si tu le dis”, “c’est ton choix” etc.

En effet, dès que le pervers narcissique verra que ses attaques ne trouvent plus de cible répondante, il finira par abandonner.. car ce qu’il recherche, c’est justement l’émotion de sa victime dont il se nourrit. Ne pas se justifier, jamais. Vous ne lui devez rien.

Il est également primordial de mettre à distance ses émotions (quitte à filer sous la douche pleurer après l’altercation). Ne pas lui donner de grain à moudre….

Faire le deuil

Il est important de faire le deuil de cette personne manipulatrice. Il faut renoncer à tenter de l’aider et de le guérir : il est structurellement malade et défini dans sa perversion. Ce n’est pas une maladie, mais une structure de personnalité psychique qui est immuable. Rien ni personne, pas même le plus grand des amours ne modifierait la situation.

Il est également important de ne pas chercher à se faire comprendre. Le pervers narcissique ne comprend pas, il ne ressent aucune émotion et n’y voit aucun intérêt. Il est dans le déni, et la seule chose qui l’intéresse, c’est lui

Ne pas se sentir coupable, ni avoir honte. Vous n’y êtes pour rien. C’est un individu malade qui s’est servi de vous pour jouir de votre souffrance.

Enfin, il s’agit de faire le deuil de la relation vécue. En effet, l’amour avec un pervers narcissique n’existe pas, il est joué de toute pièce. L’autre n’est qu’un objet qu’il peut instrumentaliser pour parvenir à ses fins.

S’imposer des limites

Les limites sont les bordures de l’identité. Elles sont un élément essentiel qui définit chaque personne. Je n’aime pas que l’on me parle comme ça, je ne suis pas d’accord de faire ça etc. Il est indispensable, et même vital d’en établir avec autrui. Ce trésor que vous avez de plus cher est le votre, et il convient de ne jamais laisser personne outrepasser votre coffre fort.

Apprendre à dire non fait également partie de cette composante essentielle. C’est le meilleur bouclier de votre coffre fort, et c’est surtout le bouclier le plus résistant face aux attaques d’une personne toxique, comme le pervers narcissique.

Se reconstruire

Enfin, il est important de tout reconstruire. C’est une étape importante de restauration de son identité et de l’estime de soi. Reconstruire les fondations et les annexes de sa personne, et calfeutrer la faille par laquelle le pervers toxique s’est engouffré, afin d’isoler votre fort intérieur.

Apprendre à se questionner, sur ce que l’on aime, sur ce que l’on désire, sur ses rêves etc. afin de se redéfinir et devenir maître de soi. C’est un moyen essentiel afin de sortir de l’emprise : en connaissant vos valeurs, plus personne ne pourra les attaquer.

C’est tout l’intérêt d’une psychothérapie ou d’un suivi professionnel. En effet, sortir seul(e) d’une relation d’emprise est extrêmement difficile voire impossible. C’est un travail thérapeutique qui demande de nombreuses ressources solides. Le suivi via une thérapie en ligne est un énorme avantage de notre temps. Cela permet de faciliter les démarches dans une situation compliquée, toxique et perverse. Être sous le joug d’un pervers empêche fréquemment une visite en cabinet : consulter en ligne est ainsi plus discret, et l’organisation est ainsi allégée. C’est une liberté autant qu’un gain de temps, car chaque jour gagné sur l’emprise est un jour gagné vers la libération et votre nouvelle vie de liberté, de respect et d’amour de soi.

L’opinion de notre psychologue

Vivre une relation de proximité (relation amoureuse, amicale, professionnelle, familiale) avec un pervers narcissique laisse inévitablement des traces. Le processus est souvent destructeur et dévastateur.

Le pervers narcissique est un personnage atteint d’une pathologie grave et irréversible. Il manipule, brise des vies voire des familles et des carrières. On considère qu’environ 2 à 3% de la population française serait atteinte de ce trouble de personnalité. Le pervers polymorphe ne changera structurellement jamais, et le meilleur reste alors de le fuir.

Se reconstruire et se fortifier sont des moyens de se prémunir de ces personnes. Établir des limites claires avec soi, se définir, et colmater les failles (déceptions amoureuses, manque d’un parent..) afin que personne ne trouve aucune brèche dans laquelle s’engouffrer. C’est tout l’intérêt de suivre une thérapie via la téléconsultation. Pouvoir travailler avec un professionnel formé à la pathologie complexe qu’est la perversion narcissique, permet de trouver une écoute attentive aux besoins, aux questionnements et aux doutes. Cela permet également de pouvoir contacter, avec une organisation simplifiée et plus immédiate, un thérapeute compétent pour recueillir sa parole et son mal-être. Parler et être entendu, poser des mots et prendre conscience : la psychothérapie est un moyen inconditionnel et vital afin de sortir définitivement de l’emprise.

“ Si tu te venges, tu fais deux morts. Si tu pardonnes, tu fais deux vivants.” Le livre des proverbes hindouistes.

 

À propos de l'auteur

Solenn Quénet

Experte en trouble de la personnalité narcissique, diplômée d'une formation Universitaire de Psychologie, Psychopathologie et Psychanalyse.