C’est la question qui intrigue. On le sait, les pervers narcissiques sont toxiques, séducteurs et de grands manipulateurs professionnels. Mais comment ces vampires émotionnels finissent-ils ? Où en est leur trouble ? Et réalisent-ils un jour que leur comportement a été un véritable moteur de toxicité ?

Le trouble du pervers narcissique

La perversion narcissique, une possible évolution ?

La perversion narcissique est un trouble structurel de la personnalité. C’est un trouble de la perversion et du narcissisme, qui rend les pervers narcissiques hautement toxiques. En effet, dans l’enfance, l’esprit de tout homme se structure selon une ligne conductrice, et délimite le psychisme et ses contours selon la personnalité, l’expérience ou encore l’enfance, à vie. La perversion en fait partie, c’est une structure de l’esprit du pervers narcissique et un trouble structurel qui est immuable.

Freud, fondateur de la psychanalyse, donnait cette image de l’esprit qui permet d’en saisir la genèse de la structuration: “Si nous jetons un cristal par terre, il se brise, mais pas arbitrairement, il se casse alors suivant ses plans de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure du cristal. De telles structures fissurées et éclatées, c’est aussi ce que sont les malades mentaux.”

Conséquence de quoi, la perversion narcissique n’est pas un trouble qui peut s’améliorer avec le temps, bien au contraire. Cette cassure qu’à provoqué la chute du cristal sur le sol, a structuré chez le pervers narcissique un déni, pathologique. En réalité, ce déni est fondateur de leur psychisme : le pervers manipulateur se trouve dans une impossibilité de réflexion, d’introspection, de remise en question. Parallèlement, leur absence d’intériorité due à ce clivage les empêche de créer, de construire, d’évoluer – comme le fil du temps est censé dérouler.

Le pervers narcissique a donc, à vie, un esprit qui reste au même stade. Il n’y a aucune évolution, aucune amélioration.

La manipulation, outil phare

Qu’en est-il alors de sa manipulation ? La manipulation est l’outil phare du pervers narcissique par essence. C’est sa marque de distinction, sa marque de fabrique. Bien loin du joli tableau de qualités que l’on pourrait lui attribuer, sa manipulation est une de ses caractéristiques toxiques par excellence. Chantage, mensonges, tromperie : le pervers narcissique est le roi de la manipulation.

Comme nous l’avons vu précédemment, le schéma du pervers narcissique ne se modifie pas et reste ainsi dessiné à vie. Son trouble de la perversion et du narcissisme est immuable, et il se comporte ainsi de la même manière à vie.

A cette différence près, que sa manipulation s’aiguise. Le pervers narcissique est plus expérimenté, plus rôdé dans ses manigances, plus précis dans ses pièges. C’est un jeu pervers auquel il s’améliore jour après jour, interaction sociale après interaction sociale. Le pervers polymorphe est un joueur averti, qui s’entraîne inlassablement et qui domine son jeu social avec précision et excellence. En vieillissant, il perd seulement en énergie, vitale pour parvenir à tirer les ficelles de l’emprise avec ferveur.

Le pervers narcissique, seul ou entouré ?

Même si bien des victimes souhaiteraient voir leur bourreau finir en prison ou en centre spécialisé, le pervers narcissique finit cependant souvent bien loin de ces instituts.

Le pervers manipulateur sait tout de long de sa vie très bien s’entourer. Amis, famille, et surtout, victimes. Il séduit et suscite l’envie : il est beau, intelligent, a du pouvoir et de l’argent. Que devient-il ensuite ? Est-il seul ou entouré ?

Seul

Le pervers narcissique n’est pas le seul à vieillir. Les autres autour de lui vieillissent aussi. Car tout trouble, toute pathologie, est toujours à recontextualiser dans la culture (le pays, les années, les mœurs). Or la perversion narcissique ne se définit que dans la relation à autrui.

Plus jeunes, les individus sont en construction (jusqu’en milieu de vie) et se trouvent dans une effervescence continuelle de création, de recherche, d’expérimentation (voyages, estime de soi, amour, carrière). Tout est source de questionnement et tout est à construire. Tout est également source d’angoisse face à des problèmes nouveaux, car l’expérience et le renforcement psychique font défaut. C’est souvent là que s’engouffre le pervers narcissique : dans les failles, les blessures, le manque d’estime, de confiance, ou encore une incertitude professionnelle (souvent liée à l’estime de soi).

En revanche, en vieillissant, les personnes n’ont plus les mêmes attentes. (vision du pouvoir, de l’argent de la réussite, du bonheur, de l’amour…) Tout individu recherche en vieillissant de la sécurité, de la sérénité et du bonheur. La sagesse qu’apporte les années de vie et d’expérience aiguise les attentes et les besoins, les capacités à affronter les événements et les prises de décisions. Les problématiques ont également changé, et l’assurance est souvent au rendez-vous.

Avec le temps, les attentes de relation (amitié, amour, famille..) ne sont plus les mêmes. Exit les personnes toxiques, seuls les liens sincères, simples et authentiques sont recherchés. L’intelligence émotionnelle se développe également et permet à chacun d’évoluer et de mûrir, grâce à l’expérience au contact des autres. Il devient plus difficile d’influencer une personne âgée, et les insinuations douteuses du pervers narcissique sont souvent balayées du revers de la main.

Entouré

Parallèlement à sa solitude grandissante, le pervers narcissique parvient cependant généralement à garder la main sur certaines personnes qui lui sont proches.

Les victimes qui se succédaient généralement au fil du temps et dont le pervers narcissique se nourrissait, se raréfient pour les raisons évoquées ci-dessus. C’est également aussi le cas, en raison d’une séduction amoindrie qui accompagne l’âge, car celle-ci demande des efforts parfois innommables.

Le pervers narcissique, qui se greffait habituellement sur la vie de quiconque traversait son chemin pour détruire sa vie, ses idées et la vider de son énergie vitale, se retrouve alors avec beaucoup moins de pouvoir de séduction et d’influence (argent, grosse voiture, entreprise).

Le pervers narcissique est cependant souvent entouré lorsqu’il vieillit. En effet, malgré la diminution de son pouvoir de séduction, le pervers narcissique a généralement fondé une famille. Il a des enfants, des petits enfants parfois ou encore un conjoint qui serait resté à ses côtés. Le pervers narcissique s’appuiera alors sur ces liens pour continuer à exercer son emprise. Des liens qui, dans la majorité sont essentiels : la parenté, l’amitié. Ou encore la reconnaissance d’être parent ou grand-parent, ou encore même une personne âgée.

Sous couvert de ces liens, le pervers narcissique exerce alors une emprise forte, recentré sur un socle restreint et souvent petit. Il mène à la baguette, critique, dévalorise, culpabilise, humilie, et joue souvent la carte de la victime ou encore de la personne âgée sans défense.

Exemple : “je suis ta grand-mère, et tu ne m’appelles même pas. Quelle honte! un jour je serai morte et tu ne le sauras même pas” ou encore à son fils “tu ne devrais pas agir de la sorte avec ton enfant, tu ne sais pas t’y prendre, s’il tombe malade ca sera de ta faute, tu es irresponsable tu n’aurais jamais dû l’avoir ».

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Toxicité et isolement

Gardez cela en tête que le pervers narcissique reste, et restera toxique pour toujours. C’est une personne influente et manipulatrice qui se joue de ses caractéristiques (sociales, financières, parentalité..) et celles de son entourage pour exercer son emprise toxique et mortifère.

Le pervers manipulateur n’a qu’une chose en tête : la domination, le pouvoir, la compétition. Il n’hésitera pas à en jouer, et à perpétuellement isoler ses victimes afin de garder la main sur les actions et les pensées de son cercle proche, et de ne jamais se retrouver seul. Car le pervers narcissique craint la solitude : sans ça, il perd sa toute puissance, et c’est la descente aux enfers.

Pour cela, le pervers coupe sa famille de tout lien extérieur qui tenterait d’y rentrer : conjoint, belle-fille, ami.. Qui ne se rendent d’ailleurs que très peu souvent compte du manège pervers et qui sont considérés comme des parias à l’usure. Le pervers narcissique sait convaincre, séduire et manipuler au bon moment, au bon endroit et à la bonne temporalité. C’est ce qui le rend d’autant plus toxique : ses manigances sont invisibles, et quand le doute s’installe, c’est la culpabilité qui ronge les victimes de son emprise affective mortifère.

Exemple : Une mère perverse narcissique pourrait dire à sa fille de 50 ans qui retrouve un conjoint, qu’il est nul, qu’il n’est pas fait pour elle. Qu’elle ferait mieux de rester vivre chez elle car elle est de toute façon incapable de se débrouiller seule. Elle pourrait encore le faire ressentir par des mimiques, des bruits, des insinuations, des yeux levés aux ciels et de longs silences. Tout cela alors même qu’elle n’a entendu que son prénom.. La fille, dévastée, retourne chez sa mère, quitte l’homme et le piège toxique se renferme sur elle.

Epilogue

Le pervers narcissique ne connaît ni gentillesse, ni amour, ni empathie. Il est en incapacité structurelle de reconnaître ces notions ou de se les représenter. Pour lui, seule la peur, la culpabilité et le pouvoir comptent : la destruction est son unique objectif.

Si vous faites face à un pervers narcissique, il est important de consulter. En effet, un thérapeute spécialisé en perversion narcissique est en capacité de vous éclairer, de vous guider et de vous épauler dans une telle situation. La thérapie en ligne est un moyen rapide et efficace de contacter un professionnel expert de la perversion narcissique, de chez vous, et d’obtenir ainsi le soutien le plus adapté à votre situation.

Si la meilleure aide reste celle que l’on se porte à soi-même, aidez-vous et ne restez pas seul. La technologie le permet, n’attendez plus.

À propos de l'auteur

Solenn Quénet

Experte en trouble de la personnalité narcissique, diplômée d'une formation Universitaire de Psychologie, Psychopathologie et Psychanalyse.